USR 3133 - CNRS/EFR Unité de Service et de Recherche

Hypothèse de restitution d’une boutique -

G. Chapelin, CC-BY-NC-ND

Pompéi

le secteur de la Porte d’Herculanum à Pompéi

Entre espace funéraire et commercial : organisation, gestion et transformations d’une zone suburbaine


Dernière mise à jour : 15 mars 2018

 Description

Entre 2012 et 2016, l’École Française de Rome, le Centre Jean-Bérard, le Collège de France, les Universités de Rouen et de Paris-Est-Créteil-Val-de-Marne, l’Institut universitaire de France et le Centre Camille-Jullian ont collaboré avec le Parco Archeologico di Pompei dans le cadre du programme « Porta Ercolano - Organisation, gestion et transformations d’une zone suburbaine ».

Pompéi, plan du secteur étudié.
  • Pompéi, plan du secteur étudié.
  • Au nord-ouest de Pompéi, à l’extérieur de la ville, la via dei sepolcri.

Ce programme s’est intéressé à l’étude du secteur suburbain de Pompéi situé au-delà de Porta Ercolano, entre espaces funéraires, commerciaux et artisanaux, autant du point de vue topographique que fonctionnel en étudiant dans le détail une série de boutiques construites en arrière d’un portique le long de la Via dei sepolcri.

Nous avons centré nos recherches sur la reprise de l’étude de la nécropole en nous fondant sur les connaissances actuelles en termes de prosopographie pompéienne, et en parallèle, en reprenant l’étude des activités artisanales attestées dans les boutiques abritées sous le portique, au nord de la route.
Cette approche, qui a pris en compte l’analyse du bâti et a impliqué la réalisation de sondages stratigraphiques, permet d’émettre de nouvelles hypothèses quant au développement et à l’utilisation de l’espace depuis la période pré-romaine, du IVe s. av. notre ère, jusqu’à l’éruption de 79.

 

Plan de l’atelier de potier (boutiques N28-N30) et des sépultures (1:50e).
  • Plan de l’atelier de potier (boutiques N28-N30) et des sépultures (1:50e).
  • G. Chapelin, B. Lemaire – CJB/EFR/CNRS  

Les premières traces d’occupation observées sont celles d’une nécropole préromaine, dont nous avons pu remettre au jour quelques sépultures à l’extrémité nord de la zone de fouilles.
Bien que ces sépultures étaient déjà connues et signalées par la littérature, entre la fin du XIXe et le début du XXe siècle, nous avons eu la surprise d’en retrouver deux encore intactes. La première sépulture (N31), fouillée en 2015, renfermait le corps d’une femme accompagnée d’un mobilier funéraire composé de onze vases dont certains sont à figures rouges, et dont les premiers éléments chronologiques, nous fournissent une datation de la fin du Ve et les débuts du IVe s. avant notre ère.

La seconde (N32A), fouillée en 2016, est celle d’un homme, accompagné de six vases à vernis noir dont la datation est proche du milieu du IVe s. av. notre ère.

 

 

Détail du mobilier funéraire.
  • Détail du mobilier funéraire.
  • MiBACT |  G. Bénit EFR/CNRS 

 

Si cette découverte permet d’accroître nos connaissances sur la topographie de ce secteur avant l’installation du portique, d’autres éléments importants ont été mis au jour lors de la fouille du trottoir.

La route en basalte la plus ancienne mise au jour entre le portique et l’actuelle voie dallée
  • La route en basalte la plus ancienne mise au jour entre le portique et l’actuelle voie dallée
  • MiBACT |  B. Lemaire, CJB CNRS/EFR  

Nous avons pu observer dans deux sondages les restes d’une voie en basalte, plus ancienne, se trouvant à un niveau plus bas que l’actuelle via dei Sepolcri, et ayant une orientation légèrement différente. La trace en négatif laissée par des blocs du trottoir permet d’observer une différence assez claire entre le tracé antique et l’actuelle voie.

 

Les résultats de nos fouilles ont fourni des données précises pour affiner notre connaissance en ce qui concerne les activités artisanales installées dans ces boutiques - qui appartiennent à un projet unitaire remontant au plus tôt au Ier s. avant notre ère.
Les recherches lancées dans la boutique N29 avaient pour objectifs de documenter l’activité d’un atelier de potier, attesté par la présence d’un four, en termes de chronologie et de production. Les journaux de fouilles du XIXe siècle parlaient de « pignattini » découverts dans la boutique mais en l’absence d’illustrations, l’identification demeurait imprécise. De plus, l’un des objectifs était de comprendre l’organisation de l’atelier et des espaces de travail.
Nos campagnes de fouilles nous ont permis de découvrir, à proximité du four, un niveau de pierres ponces provenant de l’éruption de 79 qui recouvrait, tout en les protégeant, une dizaine de vases crus.

Vase en argile crue
  • Vase en argile crue
  • qui attendait d’être cuit dans le four
  • MiBACT |  N. Meluziis, CJB CNRS/EFR  

Ces gobelets à paroi fine, décorés de guillochis et engobés, correspondent aux « pignattini » mentionnés par les fouilleurs de 1838. Ces vases crus représentent un unicum dans la documentation archéologique et sont un élément fondamental pour la recherche sur l’artisanat de la céramique dans la cité antique.
La suite des recherches a également permis de comprendre que l’atelier ne se limitait pas à la boutique N29 mais qu’il s’étendait également sur les boutiques N28 et N30 avec une salle comportant des tours (N28) et deux autres fours (N30). Ces données nous permettent d’enrichir nos connaissances sur la chaîne opératoire de l’atelier.

 

 

 

La fouille de la boutique N20 a permis d’identifier un atelier de production polymétallique, où l’on travaillait le bronze et le fer, installé dans l’arrière-boutique de l’édifice et dans la pièce ouvrant sur le portique.

Relevé photogrammétrique (1:40e)
  • Relevé photogrammétrique (1:40e)
  • Plan de la fosse de cuisson des moules nécessaires à la fabrication des objets en bronze
  • MiBACT |  S. Zanella / N. Monteix – EFR  

Une fosse circulaire, à laquelle on accède par quelques marches doit être mise en relation avec le travail du bronze. Il s’agit d’une fosse de coulée, servant également pour la cuisson des moules nécessaires à la fabrication d’objets en bronze. Il s’agit de première installation pérenne, non liée à un chantier de construction, découverte jusqu’alors.

Dans la pièce principale, des restes liés au travail du fer - scories, battitures - permettent de restituer une activité liée au travail de ce métal, vraisemblablement grâce à une forge sur table. Les deux activités semblent avoir coexisté dans la même boutique, même si l’atelier n’était plus en activité au moment de l’éruption.
La vitalité commerciale de ce secteur dans les dernières années de vie de Pompéi transparaît dans la construction de quatre boutiques supplémentaires (N10, N11, N13, N14), en lien probable avec une extension de la villa delle Colonne a Mosaico. Ces travaux ont nécessité un important terrassement qui a considérablement modifié la topographie du secteur.

Pour une fois, nous avons pu voir comment la vie ne s’est pas complètement arrêtée après l’éruption. En effet, peu de temps après celle-ci, deux groupes de pilleurs sont venus creuser des tunnels dans le matériel éruptif à la recherche de matériaux considérés comme précieux, tel que le métal.

Relevé photogrammétrique (1:20e) de la pièce N19/2.
  • Relevé photogrammétrique (1:20e) de la pièce N19/2.
  • Squelettes de fugitifs réduits dans une fosse ménagée après l’éruption.
  • MiBACT |  S. Zanella, N. Monteix – EFR  

Un premier groupe a suivi un tuyau en plomb, en l’arrachant. Le second groupe, en revanche, arrivé par un autre chemin est tombé sur un groupe de plusieurs personnes fuyant l’éruption et qui avaient cherché refuge dans l’arrière-boutique. Nous ne savons pas ce qu’ils ont trouvé sur les squelettes,

Une des monnaies en or, abandonnée au milieu des squelettes
  • Une des monnaies en or, abandonnée au milieu des squelettes
  • 77-78 ap. J.-C. Personnification de Rome, le pied gauche, vers l’intérieur, repose sur un casque. Aux pieds, à droite, la louve allaitant Romulus et Remus.
  • MiBACT |  S. Zanella/S. De Rosa – EFR  

toutefois, en cherchant dans l’obscurité, les pillards ont oublié trois monnaies en or qui faisaient partie des biens précieux emportés par les fugitifs.

 


 

 Institutions

Ministère de l’Europe et des Affaires Étrangères ; École française de Rome ; Centre Jean-Bérard ; Centre Camille-Jullian ; Collège de France ; Université de Rouen - Normandie ; Université Paris-Est-Créteil -Val-de-Marne ; Institut universitaire de France.

 Coordinateurs scientifiques

Sandra Zanella (Labex ARCHIMEDE, UMR-5140 Archéologie des Sociétés Méditerranéennes) - écrire à Sandra Zanella
Laëtitia Cavassa (‪Aix Marseille Univ, CNRS, Minist Culture & Com, Aix-en-Provence, France, CCJ‬) – écrire à Laëtitia Cavassa
Nicolas Laubry (Université Paris -Est - Créteil - Val-de-Marne /CRHEC) - écrire à Nicolas Laubry
Nicolas Monteix (Université de Rouen - Normandie / Institut universitaire de France / GRHis) - écrire à Nicolas Monteix.

 Référent Parc Archéologique de Pompéi

Fabio Galeandro - écrire à Fabio Galeandro

 Financements

Ministère de l’Europe et des Affaires Étrangères ; École française de Rome ; Centre Jean-Bérard ; Centre Camille-Jullian ; Collège de France ; Université de Rouen – Normandie ; Université Paris-Est-Créteil-Val-de-Marne ; Institut universitaire de France ; mécénat français : CMD2, Neptunia.

 Production scientifique

  • S. Zanella, L. Cavassa, N. Laubry, N. Monteix, G. Chapelin, A. Coutelas, A.D. Ryrko, M. Errera, L. Gerardin, B. Lemaire, R. Macario, F. Ortis, V. Pellegrino, G. Sachau-Carcel, Pompéi, Porta Ercolano  : organisation, gestion et transformations d’une zone suburbaine, dans Chronique des activités archéologiques de l’École française de Rome, (en ligne), 2017.
  • L. Cavassa, B. Lemaire, J.-M. Piffeteau, Pompéi. L’atelier de potier, dans Chronique des activités archéologiques de l’École française de Rome (en ligne), 2013.