USR 3133 - CNRS/EFR Unité de Service et de Recherche

Fouilles et recherches à Incoronata

Pour comprendre pour quelles raisons des Grecs s’installent chez les indigènes au VIIe siècle avant J.-Chr.


Dernière mise à jour : 16 février 2018

Photographie aérienne de la colline, depuis l’ouest
  • Photographie aérienne de la colline, depuis l’ouest

 Le programme

Responsabilité scientifique

Mario Denti (Université Rennes 2, Laboratoire LAHM, UMR 6566 CReAAH)

 
 

Projet scientifique

Depuis 15 ans la mission archéologique de l’Université Rennes 2 (Laboratoire LAHM, UMR 6566 CReAAH) mène des campagnes de fouille annuelles sur le site d’Incoronata (commune de Pisticci, province de Matera, région Basilicate). Sous le régime de la « concessione » de la part de la Soprintendenza Archeologia della Basilicata, la mission est dirigée par Mario Denti, professeur des universités.
Le site d’Incoronata (anciennement dite « greca ») représente actuellement un laboratoire scientifique majeur pour la compréhension des phénomènes de rencontre et d’intégration entre les communautés indigènes de l’âge du Fer et les premiers groupes de Grecs provenant de l’Egée au tout début du VIIe siècle sur la côte ionienne de l’Italie méridionale. A partir des dernières décennies du IXe siècle avant J.-Chr. son territoire est occupé par la tribu œnôtre des Chones. Entre la fin du VIIIe et le début du VIIe siècle une communauté grecque s’installe sur la colline : dans un cadre historico-archéologique de type non-colonial, cette nouvelle situation donnera lieu à une communauté mixte, active jusqu’à la fin du VIIe - début du VIe siècle, quand le site est abandonné au moment même de la mise en place du nouvel horizon politico-institutionnel des apoikia, représenté dans la région par la fondation de Métaponte.

Incoronata, fouilles 2011. Fragment de cratère peint de production grecque locale, de grandes couches d’oblitération de la fin du VIIe
  • Incoronata, fouilles 2011. Fragment de cratère peint de production grecque locale, de grandes couches d’oblitération de la fin du VIIe

La mission de l’Université de Rennes a entamé ses travaux en 2002, dans la continuité scientifique et idéale des recherches de l’équipe de l’Université de Milan, dirigée par Piero Orlandini (maître de Mario Denti) dans les années 80 et 90. Les campagnes de fouille ont lieu annuellement au mois de septembre, et sont accompagnées par une activité de recherche développée par les membres de l’équipe tout au long de l’année dans le laboratoire de notre université (le LAHM), ainsi que dans les locaux du Museo Archeologico Nazionale di Metaponto, où le mobilier est conservé.
Les résultats principaux de ces travaux concernent, très synthétiquement, l’identification et l’étude des contextes suivants :

  • la documentation appartenant à la plus ancienne occupation œnôtre, datable à la fin du IXe - début du VIIIe siècle : un grand pavement en cailloutis, des importants aménagements rituels, les preuves de la présence d’un atelier de production de céramique ;
  • pour le VIIe siècle, les témoignages d’un atelier de potier dans lequel des céramistes œnôtres et grecques ont travaillé ensemble : des fours, les parties de l’élévation des fours, des fosses pour la décantation de l’argile, une carrière hypogée, les ratés de cuisson, des outils de potiers, etc. ;
  • des réalisations monumentales de grande envergure : de grandes terrasses à ciel ouvert, un édifice absidé à destination cérémonielle, des structures en élévation en pierre et en briques ;
  • plusieurs éléments et structures relevant des pratiques rituelles : bothroi, dépositions de céramiques, fosses à ciel ouvert, etc. ;
  • à la fin du VIIe - début du VIe siècle, les différentes étapes d’un grandiose programme d’oblitération définitive du site, mis en place au moment de son abandon, comprenant la démolition et le nettoyage purificatoire des structures ; la couverture « conservative » de ces dernières par des énormes couches de galets et de terre ; la réalisation de dépôts de céramique enfouie dans la terre, caractérisés par des pratiques rituelles incluant la fragmentation intentionnelle des dépositions.

Ainsi, le site d’Incoronata est devenu aujourd’hui un lieu-clé pour l’étude et la connaissance du monde méditerranéen de l’âge du Fer, grâce à une richesse et à une articulation particulièrement fécondes de ses données monumentales et matérielles, qui se qualifient non seulement par une datation très haute, mais également par le fait d’avoir été retrouvées dans un état de conservation exceptionnel.
La caractérisation de l’établissement comme lieu éminent de l’élite locale - à vocation résidentielle, productive et à la fois très probablement cultuelle - permet aujourd’hui de saisir définitivement le rôle majeur joué par les communautés indigènes dans les phénomènes de contact et d’interaction avec les groupes de Grecs présents, avant la colonisation, sur la côte ionienne de l’Italie méridionale. C’est au sein de ce processus relationnel, d’ailleurs, que la formidable documentation céramique (grecque et indigène) mise à jour par l’équipe de Piero Orlandini trouve finalement toute sa cohérente explication idéologique et fonctionnelle.

Incoronata, campagne de fouille 2016
  • Incoronata, campagne de fouille 2016
Partenaires institutionnels co-financeurs
  • Université Rennes 2
  • UMR 6566 CReAAH
  • Centre Jean Bérard
  • Mission archéologique « Italie du Sud » du Ministère de l’Europe et des affaires étrangères
Autres collaborations

Soprintendenza Archeologia Belle Arti e Paesaggio, Potenza
Chaire Unesco « Paesaggi culturali del Mediterraneo e comunità di saperi » (Unesco Chair, Mediterranean Cultural Landscapes and Communities of Knowledge), Università della Basilicata (Fancesca Soglianbi, Dimitri Roubis) : études sur l’occupation de la colline et de son territoire à l’époque post-antique.
CNR-IMAA, Istituto di Metodologie per l’Analisi Ambientale, Potenza : analyses archéométriques de la céramique et des argiles.
Laboratorio di Archeozoologia del Dipartimento di Beni Culturali, Università del Salento, Lecce (Jacopo De Grossi Mazzorin) : analyses archéozoologique des ossements animaux.

Incoronata, fouilles 2017. Deux petits fours, retrouvés in situ à l’est de l’édifice absidé et soigneusement oblitérés
  • Incoronata, fouilles 2017. Deux petits fours, retrouvés in situ à l’est de l’édifice absidé et soigneusement oblitérés

Soprintendenza Archeologia Belle Arti e Paesaggio per le province di Alessandria Asti e Cuneo (Alessandro Quercia) : étude du mobilier du métier à tisser.
UMR 6554 Littoral, Env., Teledetection, Geomatique, Institut de Géographie et d’Aménagement, Université de Nantes (Bruno Comentale) : étude géomorphologique.
UMR 7041 ArScAn, équipe « Mondes grecs archaïques et classiques », Université de Nanterre (Clarisse Prêtre) : étude des inscriptions et des sources textuelles antiques.
UMR 5060 IRAMAT, Institut de Recherche sur les Archéomatériaux, Centre de Recherche en Physique appliquée à l’Archéologie (CRPAA), Université Bordeaux 3 (Philippe Lanos) : analyses archéomagnetiques du mobilier.
UMR 8546 CNRS-ENS AOROC (Dominique Frère, Nicolas Garnier) : analyses chimiques et physiques des contenus des céramiques.
University of Groningen, Faculty of Arts - Classical and Mediterranean Archaeology (Francesca Ippolito) : étude du mobilier « a impasto ».
Eberhard Karls Universität Tübingen, Institut für Klassische Archäologie Department (Giulia Saltini Semerari) : étude du mobilier métallique.
GeoNature (Geological and Geotechnical Consulting), Potenza : analyse de la topographie du site par le relief laser scanner et le relief drone.

Incoronata, fouille 2015. Photogrammétrie du secteur de l’édifice absidé
  • Incoronata, fouille 2015. Photogrammétrie du secteur de l’édifice absidé
Actions de formation

Le travail de l’équipe d’Incoronata est caractérisé par la présence constante, à côté d’un certain nombre de spécialistes, de jeunes chercheurs (doctorants ou docteurs) qui se sont formés en particulière au sein de cette mission. L’un des volets majeurs de cette mission est en effet représenté par son statut de chantier-école, qui enregistre chaque année une participation importante et constante, depuis 15 ans, d’étudiants (Licence et Master) et de doctorants de l’Université Rennes 2 mais aussi provenant de différentes universités européennes. La jeune équipe qui a été formée (4 thèses ont été déjà soutenues et sont en cours de publication) a désormais atteint un haut niveau de professionnalisation dans des domaines différenciés : l’activité de terrain, la gestion du laboratoire, l’étude des différentes classes de mobilier, l’activité de publication scientifique, l’organisation de journées d’études et de colloques.

 Production scientifique

Bibliographie choisie et recherches doctorales
NB : pour la bibliographie complète voir https://www.sites.univ-rennes2.fr/lahm/incoronata/biblio.html

Incoronata, fouilles 2017. Olla à tenda, intentionnellement fragmentée, du contexte du VIIIe siècle dans le secteur sud de la fouille
  • Incoronata, fouilles 2017. Olla à tenda, intentionnellement fragmentée, du contexte du VIIIe siècle dans le secteur sud de la fouille

 Diffusion et valorisation

Les résultats des fouilles de la mission de l’Université de Rennes sont publiés annuellement sur le site web « FastiOnline » : www.fastionline.org/index.php
Ils sont consultables de manière plus approfondie sur le site web « Fouilles et recherches à Incoronata. Mission archéologique de l’Université Rennes 2, UMR 6566 CReAAH, Laboratoire LAHM » : www.sites.univ-rennes2.fr/lahm/incoronata/index.htm
Un rapport annuel est également rédigé pour les MEFRA, dans les « Chroniques des activités archéologiques de l’Ecole française de Rome » : http://journals.openedition.org/cefr/1781
Des nombreuses conférences pour la diffusion auprès du grand public des résultats des recherches à Incoronata, sont annuellement données, en Italie comme en France, auprès des instances locales, au niveau régional et national.

Un projet de tutelle et de valorisation du site archéologique de l’Incoronata est actuellement en cours en collaboration avec la Soprintendenza Archeologia della Basilicata et la Mairie de Pisticci. Suite à un long travail de sensibilisation envers les communautés locales, la Mairie de Pisticci a présenté, en septembre 2017, une demande de financement à la Région Basilicate (Programma operativo FESR 2014-2020 Asse 5) per la « Riqualificazione e valorizzazione dell’area archeologica Incoronata ». Ce projet comprend la mise en sécurité du site, la consolidation sur le terrain des structures les plus fragiles et la fermeture du périmètre de la zone fouillée.

Incoronata, campagne de fouille 2017
  • Incoronata, campagne de fouille 2017

 Équipe

  • Mario Denti, Université Rennes 2, Laboratoire LAHM, UMR 6566, professeur des universités : directeur de la fouille ; étude de la céramique figurée
  • Emmanuelle Smirou, Université Rennes 2, Laboratoire LAHM, UMR 6566, assistant ingénieur : organisation de la fouille et coordination de l’équipe
  • Jacopo De Grossi Mazzorin, Laboratorio di Archeozoologia del Dipartimento di Beni Culturali, Università del Salento, Lecce ; professore associato : analyses archéozoologiques des ossements animaux
  • Bruno Comentale, Université de Nantes : études géomorphologiques
  • Philippe Lanos, UMR 5010, chercheur CNRS : analyses archéomagnetiques du mobilier
  • Giulia Saltini Semerari, Universität Tübingen, post-doctorat : étude des métaux
  • Francesca Ippolito, University of Groningen, chercheur associé : étude de la céramique à impasto
  • Mathilde Villette, Université Rennes 2, Laboratoire LAHM, UMR 6566 CReAAH, docteur : étude des structures artisanales
  • Clément Bellamy, Université Rennes 2, Laboratoire LAHM, UMR 6566 CReAAH, docteur : étude de la céramique indigène peinte
  • François Meadeb, Université Rennes 2, Laboratoire LAHM, UMR 6566 CReAAH, docteur : étude de la céramique achrome
  • Guillaume Bron, archéologue indépendant : étude des amphores et des grands conteneurs
  • Eukène Bilbao, Université Paris 1, docteur : étude de la coroplastica
  • Alessandro Quercia, Soprintendenza Archeologica del Piemonte : étude des fusaïoles et des pesons de métier à tisser
  • Cesare Vita, Université Rennes 2, Laboratoire LAHM, UMR 6566 - Università della Basilicata, doctorant : étude de la céramique grecque de production locale
  • Josipa Mandic, Université Rennes 2, Laboratoire LAHM, UMR 6566 - Università della Basilicata, doctorant : étude de la céramique grecque d’importation
  • Clarisse Prêtre, UMR 7041, ARSCAN, chercheur CNRS : étude des inscriptions ; analyses des sources littéraires
  • Théo Ben Makhad, Université Rennes 2, Master : responsable de la documentation topographique et photogrammétrique

Marine Poissenot, Université Rennes 2, Master : responsable du Laboratoire

Nombre, niveau et provenance des étudiants impliqués (campagne 2017)

  • Anna Esposito, Università di Napoli Federico II, céramologie, dottore di ricerca
  • Alessandro Cocorullo, Université Rennes 2, Laboratoire LAHM, UMR 6566 - Università Ca’ Foscari Venezia, doctorant
  • Marine Poissenot, Université Rennes 2, étudiante Master, responsable du Laboratoire
  • Florian Fuduche, Université Rennes 2, étudiant Master, responsable de secteur
  • Martino Iannibelli, Università degli Studi di Bari, étudiant Master
  • Gayané Momajian, Université Paris 1, étudiante Master
  • Théo Ben Makhad, Université Rennes 2, étudiant Master : responsable de secteur et responsable de la photogrammétrie et de la topographie
  • Chloé Damay, Université Rennes 2, étudiante Master
  • Jean-Gary Le Douarin, Université Rennes 2, étudiant Master
  • Morgane De Parthenay, Université Rennes 2, étudiant Master
  • Lisa Marchand, Université Rennes 2, étudiante Licence